L'expatriation, une réelle opportunité pour l'enfant
le 17/5/2009 à 20h26
par Mathilde Bonnassieux (Français du monde)
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L'expatriation permet à l'enfant de vivre une aventure familiale originale et présente de nombreux atouts pour lui, comme l'explique Adelaïde Russell, co-auteur de "L'enfant expatrié".
Pourquoi un départ ou un retour constitue forcément un traumatisme pour l'enfant ?
Ce n'est pas du tout systématique, et encore moins traumatisant pour la plupart des enfants. Cela peut l'être pour ceux plus fragilisés dans leurs relations aux autres, lorsque l'attachement de base garde des traces de vulnérabilité, et que le lien est entaché d'insecurité. En effet, se séparer, laisser, quitter, renoncer, puis découvrir, s'installer, investir une nouvelle vie, toutes ces étapes que traverse l'enfant expatrié, demandent beaucoup au niveau affectif et psychique. En revanche, pour la plupart des enfants, la gestion de la rupture puis celle de la réinstallation se déroule sans angoisses trop intenses et appelle surtout et naturellement de la réassurance affective, apportée spontanément par leurs parents. Ceux-ci sentent bien les moments spéciaux que leurs enfants traversent au cours de ces phases de séparation puis de réadaptation et ajustent leur présence en intensifiant leur attention et compréhension. L'enfant peut ainsi s'appuyer sur cet accompagnement affectif au quotidien teinté de confiance et de sécurite pour aller de l'avant et profiter aussi de toutes les joies d'une telle expérience. En quelque sorte l'attention parentale bienveillante sécurise l'enfant et minimise les risques de traumatisme, d'où le rôle crucial des parents qui sont la seule continuité et stabilité pour l'enfant à un moment où tous ses repères changent.
Est-ce-que les enfants en bas âge (3-5 ans) ont conscience de ce qu'est la nationalité, l'appartenance?
Non, pas réellement, car ils ont d'abord d'autres préoccupations plus importantes et basiques à gérer telles la conscience d'être soi et la socialisation. Prendre conscience de soi, séparé de l'autre, singulier et unique, s'acquiert tout au long de la toute petite enfance et c'est déjà un grand pas qui exige un long travail psychique. Cela doit être acquis au cours de la deuxième année et s'affine entre deux et trois ans lorsque l'enfant est capable d'utiliser le "je". Entre 3 et 5 ans, l'enfant découvre la socialisation, la relation aux autres et toutes les règles qui en découlent, et ce n'est qu'après tous ces apprentissages que la préoccupation d'un sentiment d'appartenance culturel ou national peut émerger suivant le contexte et les aventures de la vie. Certains enfants y sont davantage confrontés concrêtement et sensibilisés dès leur plus jeune âge (par exemple dans le cas d'une famille issue d'un couple mixte avec pratique du bilinguisme, d'une expérience d'expatriation ou encore d'une appartenance à une minorité culturelle ou religieuse) sans pour autant l'intégrer clairement. Ainsi, le développement du sentiment d'appartenance à une culture ou une nationalité depend surtout du contexte dans lequel vit l'enfant, cela peut être exacerbé par l'environnement, même si, d'une façon générale, ce n'est pas une préoccupation pour le jeune enfant. Cela le devient plus tard lorsqu'il commence à se décentrer et à s'ouvrir sur le monde vers l'âge de 5-6 ans.
Est-ce que le passage par une phase de déprime, voire de dépression, est un syndrome courant chez l'enfant expatrié ?
Le cas d'une déprime avec l'expression ponctuelle de tristesse est tout à fait naturel et plutôt bon signe. C'est la marque d'un fonctionnement psychique et affectif sain et il n'y a pas de raison de s'alarmer si cela reste de faible intensité avec des symptômes ni envahissants ni handicapants. En effet, l'enfant a eu à quitter tout son cadre de vie pour s'adapter à un autre, parfois tellement différent et étranger. Le travail psychique qui s'effectue est proche de celui du travail de deuil ou plus justement d'abandon, où il faut accepter d'avoir laissé, ce qui renvoie à de la culpabilité, et également à la perte donc à un manque qui peut créer de la nostalgie et de la tristesse. Même les adultes, dans une telle situation peuvent le ressentir. Ces sentiments dysphoriques sont à accepter, et une fois dépassés, l'enfant peut investir sa nouvelle vie : il a intégré en lui le passé, se l'est approprié, pour aller vers l'avenir. En revanche, le passage par une phase de dépression est plus inquiétant et plus rare, surtout si elle semble s'installer et entraver fortement l'adaptation. Dans ce cas il est important de réagir et d'apporter une aide professionnelle appropiée à l'enfant.
Vous arrivez dans votre ouvrage à dresser un tableau général des comportements, mais ces comportements, ces lignes de conduite ou ces conseils ne sont-ils pas extrêmement variables d'une destination à une autre ?
Non seulement d'une destination à l'autre mais aussi d'une personne à l'autre. Nous insistons beaucoup sur la singularité de chaque personnalité, de chaque famille et de chaque contexte. L'impact d'un contexte culturel spécifique peut faire écho à une personnalité d'une certaine manière qui ne se retrouvera pas chez une autre, même au sein de la même famille. Nous invitons chaque lecteur à prendre ce qui lui convient dans les grandes lignes que nous avons mises en avant. Mais il se retrouve aussi des points communs que partagent ces enfants expatriés qui ont tous été amenés à faire un travail similaire de détachement d'une vie puis de réinvestissement d'une autre vie souvent très différente, et parfois meme plusieurs fois au cours de leur enfance. Chacun l'a géré à sa manière en fonction de ses ressources internes liées à son histoire personnelle, mais tous sont passés par les mêmes étapes chronologiques matérielles et psychiques.
Au final, l'expatriation est-elle un atout pour l'enfant ? Quels sont les meilleurs bénéfices retirés ?
L'expatriation est une réelle opportunité pour l'enfant qui a ainsi l'occasion de vivre une aventure familiale originale. Les atouts les plus importants concernent le développement d'une certaine adaptabilité et un enrichissement personnel. En effet, l'exposition à la différence développe une certaine souplesse (faculté d'adaptation), l'ouverture d'esprit (curiosité) et l'acceptation de l'autre dans toute sa diversité (tolérance) sans oublier les acquis linguistiques (bilinguisme ou plus...). C'est donc une merveilleuse occasion pour l'enfant de développer une solide estime de soi, et d'autant plus qu'il aura été adéquatement accompagné. A lui, ensuite, de savoir ce qu'il fera de tout cela...
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